De l’art de la photo sur figurines

Mr K impressionne les membres du forum Colorfulminis par ses photos de figurines toutes plus sublîmes les unes que les autres. Récemment, nous lui avons demandé de nous dévoiler ses secrets de photographe. Attention, pépite. – DiceRoller

1. Mise en place

Comme tous, je prends ma table, pose un carton pourri et une vieille couverture pour faire un fond. Une vieille couverture grise ; le but est de mettre en valeur les couleurs de la peinture donc le gris est optimal dans la plupart des cas parce que neutre.

Si je mets un fond bleu, les bleus de la figurine vont disparaître, si je mets un fond orange, les jaunes et rouges seront pales, etc.
Si la figurine est entièrement grise, je pose du coup une couleur en arrière-plan, chaude ou froide suivant l’ambiance voulue (un fond chaud va refroidir la figurine et inversement).

Image

2. Placement des lumières

Ne me jetez pas des pierres, je n’ai pas de lightbox.

Les lightbox, j’aime assez leur rendu, c’est très simple d’utilisation, facile à mettre en place, abordable, économique…
Ben alors, ne suis-je pas un peu con !!

Stop, ne répondez pas, je suis un peu con, mais il y a aussi une autre raison.

Voici le schéma utilisé sur mon set
Vue de dessus du set

1 – les figs. et le décor
2 & 3 – 2 flashs projetant sur des parapluies blancs.
4 – Une lumière de Luminothérapie
5 – Une carte de référence grise
6 – Un appareil photo (reflex)

Outre la fait de pouvoir changer la couleur de fond de la lightbox, les réglages sont assez limités et les photos, bien que belles sont assez identiques et manque à mon goût un peu de vie.
Et puis j’ai investi 2 bras et un rein dans du matériel donc je l’utilise.

Le but est finalement de recréer une lightbox (j’ai déjà dis que j’étais con).

Je place les 2 flashs avec parapluie de chaque côté. Les parapluies, comme dans la lightbox, vont diffuser la lumière sur une grande surface et former une ambiance douce et uniforme.
Un parapluie pourrait suffire, celui à l’arrière est là pour éliminer les ombres du premier (comme les lumières d’un stade).

Un rendu sans les parapluies

Le contraste est très dur, l’ambiance est orageuse, c’est sympa, mais on a perdu des détails et de la couleur.
Une image douce pourra facilement être contrastée, l’inverse est beaucoup plus compliqué.

La lampe de luminothérapie (température chaude, proche du soleil) sert justement de soleil.

Les flashs ont une lumière neutre, plutôt froide. Les 2 s’annulent et ne sont utilisés ici que pour contrôler le temps d’exposition et obtenir le maximum de saturation de la couleur.

 

 

Une autre vue du set.

 

Vue en éclairage réel.

La pièce est plongée dans le noir. Pour maîtriser la lumière, il ne faut pas d’autres sources que celles choisies.
Ne pas oublier non plus d’enfermer dans un placard les enfants, la femme et éventuellement les animaux… C’est qui le photographe ici !!

3. L’objectif

Je ne vais pas m’étaler sur les nombreux types d’objectif, j’utilise pour les figurines un objectif fixe (pas de zoom) de 50.
Entre 8 et 30 on parle de grand angle (beaucoup de déformation, mais utile pour photographier des très petits espace ou de très grands panorama).
Entre 30 et 80 on parle de standard.
Entre 80 et 800 ou + on parle de téléobjectif (c’est utile pour photographier les filles à poil sur la plage sans se faire remarquer).

50 est l’objectif qui correspond le mieux à la perception de notre oeil.

4. Réglages de l’appareil

La température

Je débute par le plus simple, régler la température de la prise de vue.
Toujours en prenant compte de mon sujet, il est primordial que les couleurs soient fidèles.

Pour parler plus simplement, la température correspond à la dominante chaude ou froide de la lumière.

Si j’éclaire avec un néon c’est froid donc mes couleurs seront plus bleues sur la photo.
Si j’éclaire avec une ampoule tungstène (les trucs à filament d’avant les leds) c’est chaud donc couleurs plus chaudes, etc
Les appareils photos sont équipés de réglages pour cela, on choisi néon, nuageux, soleil, tungstène… et il compense la température.

Cool, mais dans mon cas il y a 2 flashs froids et 2 néons chauds (luminothérapie), alors ?

J’utilise le n°5 de mon schéma, une charte de gris neutre. C’est un carton ou un plastique recouvert d’un gris NEUTRE, ni chaud, ni froid.

Les réflex ont un programme de balance des blancs (le nom du réglage de la température) qui règle la compensation de température en fonction de cette charte.

Charte sans balance

 

Charte avec balance

Notez qu’il faut une charte très propre, pour cela ne jamais mettre de doigts dans la charte.

La distance focale

La distance focale est la zone de netteté de l’image, non pas  est cette zone, mais quelle est la distance entre la netteté et le flou.
Cela se règle avec l’ouverture du diaphragme.

Je vous vois déjà arriver devant Maître Hun chi votre prof de yoga pour lui parler diaphragme, respiration et figurine…

Non, ce n’est pas le truc pénible qui donne le hoquet ou qui permet l’accouchement (d’ailleurs si les enfants sont toujours dans le placard depuis l’étape 2, sortez-les), c’est ce qui permet de faire rentrer plus ou moins de lumière.

L’Ouverture, avec un O, s’écrit f suivit d’un chiffre qui, plus grand désigne plus petit et plus petit désigne plus grand !
… Cela a du être inventé par un militaire ou un politique, dans tout les cas c’est complètement con…

Exemples d’ouvertures

Ce qui est important de retenir c’est que plus c’est fermé, moins il y a de lumière qui passe et plus l’ensemble de la photo sera net.
Plus le diaphragme sera ouvert, plus il y aura de la lumière et plus il y aura de flou.
Ne reste plus qu’à déterminer beaucoup ou peu de flou.

Iso

C’est la sensibilité de la pellicule, en numérique c’est un truc marketing qui ajoute un grain ignoble quand il est élevé.
Donc pas de compromis, 200 iso grand max !

La vitesse d’obturation ou temps de pose

C’est le temps que mettra l’appareil pour enregistrer les informations de lumière qui compose la photo.
Comme je viens de régler tous le reste, je laisse l’appareil m’indiquer le temps de pose, puis je peaufine, un peu plus, un peu moins de temps, en prenant une série de photo.

Pour que la photo soit nette à main levé il faut en générale être au dessus de 1/60s. Au dessous, le moindre mouvement, la moindre respiration ou le simple fait d’appuyer sur le déclencheur donnera un flou de bougé sur la totalité de la photo.
Pour cette session j’utilise un trépied car les temps de poses sont long.

Prise de vue

Résumons :

Photos grande profondeur (pas trop floue) :

  • 1 éclairage « soleil »
  • 2 flashs pleine puissance 1/1
  • Ouverture f/16
  • 100 Iso
  • 1/4 seconde

Photos profondeur moyenne (un peu de flou) :

  • 1 éclairage « soleil »
  • 2 flashs 1/4
  • Ouverture f/8
  • 100 Iso
  • 1/15 seconde

Photos profondeur faible (un peu de flou) :

  • 1 éclairage « soleil »
  • 2 flashs 1/16
  • Ouverture f/4
  • 100 Iso
  • 1/100 seconde

Enregistrement en fichier natif RAW.

Astuce : Pour ne créer aucun bougé, je déclenche à l’aide du retardateur.
Le machin qui permet au photographe d’avoir le temps d’être sur la photo pour la gâcher.

5. Le Raw c’est nul ?

Le Raw est, au contraire du jpeg, un format d’image non compressé.
Quand on regarde l’image native, c’est fade, c’est flou,c’est nul…

Image

Mais en fait c’est tout le contraire !

Sur un appareil classique l’image enregistrée est au format jpeg, mais avant d’enregistrer il y a comme un petit Photoshop (bon, ultra simplifié) qui va ajouter du contraste, de la netteté, de la saturation de couleur ; L’image devient plus flateuse qu’un fichier raw !

MAIS !

Mais le fichier raw contient énormément plus d’informations, il conserve les couleurs et lumières dans le temps ! Et ouais, comme Marty Mc Fly !!

Pendant le temps de pose un peu de lumière arrive à chaque instant, au début l’image est noire puis les points les plus lumineux apparaissent jusqu’à, pour un temps de pose trop long, obtenir une image totalement blanche.
Un bon temps de pose n’est ni trop sombre (sous-exposé) ni trop clair (surexposé).

Le fichier raw va justement enregistrer les informations depuis sous-exposé jusqu’à surexposé, on pourra donc rectifier une mauvaise prise de vue (faut pas pousser quand même, si c’est pourri, c’est pourri).

Pour info, sur mon appareil, un jpeg fait 3mo, un raw 50mo.

6. Développement de la photo, petit tour sur Photoshop

C’est du numérique, mais comme pour l’argentique (avec pellicule), un fichier raw se développe, et c’est à ce moment que l’on gère le contraste, les niveaux, les courbes, que l’on affine les couleurs et lumières, là où la magie opère.

Je ne parle pas de retouche, je n’enlève pas les boutons d’acné sur la peau grasse des figs, je n’ajoute pas des cheveux ou autres, je développe, je rend à la photo ce que je voyais lors de la prise de vue.

Voici les grandes étapes.

Photo de base
Recadrage

Je resserre simplement le cadre sur mon sujet, les zones vides en haut et à gauche sont inutiles et je fais en sorte de couper les cartes et le punch de végétation du bas pour donner envie à l’oeil de rentrer dans l’image.

Image
Réglage du contraste et de la luminosité
Travail sur les contrastes tonals et la netteté

Je force la netteté de mon sujet en laissant le fond doux pour intensifier le contraste.

Travail sur le vignetage

A cause de la forme ronde de l’objectif, les bords ont tendance à perdre du piqué (de la netteté) et de la lumière, je renforce l’effet à cette étape, toujours pour diriger le regard vers le sujet. Le sentiment d’oppression est également intéressant ici pour des morts-vivants.

C’est moi qui déconne ou faire des images rectangulaires à travers un truc rond est super vicieux !

Ajout d’un cross processing

Là, je dépasse le développement en ajoutant un effet, c’est MAL.

Mais l’effet est sympa… C’est un effet que l’on trouve sur instagram.
Il suffit d’ajouter du bleu dans les ombres et du jaune dans les lumières.

Pour rappel, dans la vie, la vraie, le soleil est jaune et le ciel est bleu (pour ceux qui habite Paris, il y a des photos de ciel bleu sur google image).

Donc, dehors par beau temps, les lumières sont jaunes et les ombres sont bleues, il n’y a pas de blanc ni de noir, JAMAIS.

Cet effet renforce donc l’impression que les figurines sont en extérieur et ne sont donc pas des figurines.

C’est pour la même raison que dans la peinture de fig. on éclaircit à l’ivoire et non au blanc et on assombrit au bleu/violet et non au noir.

(Réellement, en théorie, toutes choses seraient en blanc absolu avec, cependant, la faculté d’absorber une partie des ondes lumineuses qui donnent pour nos yeux sous développés des couleurs).

7. Conclusion

Les réglages dans cet article sont ceux utilisés pour ma session Runewars, il est évident qu’ils seront différents pour toute autre session.

Suivez ces conseils et encore plus important ne les suivez pas !

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