Un entretien avec Rémy Tremblay sur la peinture de figurine

J’ai eu le plaisir d’échanger un peu avec Rémy Tremblay et il a accepté de répondre à quelques-unes de mes questions. L’entretien est divisé en deux parties dont voici la première, consacrée à la peinture et la sculpture de figurines.

Présentation

Dice Roller : Bonjour Rémy et merci de répondre à mes questions ! Pour te présenter rapidement, peux-tu nous dire en quelques lignes qui tu es ?

Rémy Tremblay : J’ai 31 ans cette année. J’ai joué de façon sporadique depuis la sortie d’Heroquest et je joue régulièrement depuis 5 ou 6 ans. Je peins quotidiennement depuis 1999/2000, mes premières barbouilles datent également de Heroquest et j’ai bidouillé un paquet de maquettes de bateaux et d’avions. Concernant mon travail, je suis sculpteur professionnellement depuis 2009.

Momie de Heroquest peinte par Rémy

As-tu une formation particulière (artistique et/ou game design) ?

J’ai été pendant 3 ans aux Beaux-Arts, mais je n’y ai appris que des choses qui n’avaient pas rapport à l’art. Je m’estime autodidacte en définitive. Comme tout le monde en somme.

Comment en es-tu arrivé à travailler dans ce domaine ?

Autant par obligation que par envie. Le processus à été naturel, je passais plus de temps à sculpter et peindre qu’à aller à la FAC (j’étais en géologie à l’époque). J’ai fini par en avoir marre et je me suis lancé. J’ai bien dû négocier avec mes parents de passer un diplôme aux Beaux-Arts mais ma ligne de conduite était déjà établie à ce moment. Assez récemment j’ai retrouvé un ami d’enfance avec qui je jouais à Heroquest étant gamin. Il se souvenait clairement que je lui disais que je voudrais faire des bonshommes comme métier… Alors je me dis que ce n’est pas un hasard.

Sculpteur professionnel, Studio McVey

D’après ce que j’ai lu en ligne, tu collabores aujourd’hui avec le Studio McVey, du légendaire Mike McVey. J’ai grandi en admirant les photos des figurines peintes par Mike McVey dans les White Dwarf de mon adolescence, comment as-tu rencontré Mike ? Comment a démarré votre collaboration ?

Une sculpture de Rémy

C’est arrivé par une sorte de hasard, j’ai commencé par sculpter des figurines destinées à être peintes exclusivement. Alors que je cherchais de nouveaux clients j’ai contacté Mike McVey qui avait une gamme de résine qui fonctionnait bien. Au final je n’ai jamais fait de pièce pour cette gamme mais j’ai été embauché via Mike chez Mantic Entertainment.

Les figurines de jeux sont parties comme ça. Je travaille avec le Studio McVey donc en définitive pour CMON en étant en auto-entreprise. Ca va faire un peu plus de 5 ans je crois et c’est bien parti pour durer.

Hormis Warpath et King Of War, j’ai principalement travaillé sur The Others, Blood Rage, Rising Sun, Sedition Wars et HATE ( en préparation).

Comment as-tu commencé à travailler avec lui ?

Je l’ai simplement contacté et il m’a trouvé un poste chez Mantic pour me tester. Quand il est parti de chez Mantic il m’a proposé de le suivre et j’ai accepté.

Les héros de Heroquest, peints dans les règles de l’art par Rémy. Hommage à Mike McVey ?

Peux-tu nous expliquer un peu comment se passe le travail dans ce studio, à quoi ressemble une de tes journées types ?

Avec l’habitude les choses vont très vite et très simplement. Mike m’envoie une poignée de concept, une taille et un nombre de pièces à respecter et je démarre.

En général je travaille le matin et j’ai les enfants l’après -midi. Le soir est réservé à la peinture. Deux après-midi par semaine je travaille lorsque ma compagne ne travaille pas. Le week end je ne fais que de la peinture ou des petits boulots, (recouvrement d’armature, colis, impressions des concepts à l’échelle etc…).

Je prend des photos en cours lorsque les choses prennent forme et Mike me demande de corriger certaines choses mais ça arrive très très peu, et lorsque c’est le cas, la plupart du temps je suis déjà au courant du problème. Tout est donc très simplifié.

Peinture de figurines

Tu es connu pour ta peinture de figurine très fine et détaillée, pour ma part j’ai pris toute la mesure de ton travail lorsque j’ai vu comment tu as sublimé la figurine de Conan, du jeu de Monolith.

Cette figurine à la sculpture assez moyenne a trouvé sous ton pinceau une étincelle de vie. Comment as-tu abordé la peinture de cette figurine ? Quelles sont les grandes étapes que tu as suivies ?

Figurine de Conan (Monolith), peinte par Rémy

Difficile de parler de peinture tellement le processus est naturel, je ne force plus et je ne fais qu’à l’envie. Je change de méthode à chaque jeu ou type de figurine.

Pour Conan je voulais respecter la chromie particulière des artworks. J’ai donc peint comme pour une aquarelle. Base blanche et lavis successifs. Je “nettoie” ensuite avec quelques glacis et je pose mes lumières pour définir les textures.

J’aime bien utiliser des ombres profondes très nettes et dessinées. Je n’aime pas noyer sous les ombres. Je me contente d’avoir une couleur de base contrastée pour avoir le volume et je rajoute juste un peu de définition avec quelques ombres dessinées. Cette économie de moyens me permet d’aller plus vite et a un rendu assez réaliste qui collait bien avec l’esthétique de Conan.

Comment tu as procédé pour peindre les yeux de Conan sur cet exemple ? Sa barbe naissante ? Ses lèvres gercées ? Ses mèches de cheveux sur le torse ?

La barbe s’est faite avec un ajout de vert et de gris dans ma teinte de peau, c’est présent dès la couche de base. Je l’ai ensuite intégré avec le reste du visage en passant un mélange de gris vert et de chair pour éclaircir. Le contraste a été apporté avec un glacis marron dans les ombres. Le tout est de bien placer les lumières et les ombres. Il y a eu trois passages de peinture en tout.

Les lèvres ne sont qu’un glacis chair rosée appliqué sur la lèvre inférieure puis un tout petit point de chair plus claire (un rose vif en fait).

Pour les yeux c’est de la bidouille. J’ai grignoté sur la paupière inférieure car tout est peint en trompe l’oeil. Je pense que l’expression est ici due à l’ombre prononcée sous les paupières, le lining sombre sous les arcade et le bleu turquoise des yeux.
Pour ce faire, un point de bleu de prusse suivi d’un point de turquoise clair au centre.

Pour les cheveux j’ai utilisé un mélange d’encre brun vert (antilope brown de chez Dawler) et de peinture noire. La dilution fait que le vert se voit sur les arrêtes mais je conserve une couleur sombre et opaque dans les creux. Le cheveux garde ainsi une certaine luminosité et transparence. Je termine avec de simple rehaut de gris violet puis de gris bleu ciel.

As-tu déjà participé à des concours de peinture ? Peux-tu nous en parler un peu ?

J’ai participé à pas mal de Golden Demon et de concours historiques.

C’est un vrai moteur quand on veut progresser. Mais quand j’ai commencé à travailler dans le milieu, le vernis s’écaille et je suis devenu las de l’ambiance qui y règne et des contraintes que cela impose à ce loisir pour espérer remporter des prix. Ça a fini par ne plus être drôle, juste éprouvant.

Mon dernier concours je travaillais sur mon entrée de 7 à 9, puis de midi à 14 h puis le soir de 21 à 23 h, le reste de la journée je travaillais sur mes commandes et ça m’a pris 6 mois… J’ai décidé que les sacrifices étaient trop grands pour ce que j’en retirais.

Peux-tu nous montrer une photo d’une figurine que tu as peinte et qui te plait particulièrement ? 

Cette pièce est la seule que j’aime encore bien. Pour le reste je m’en moque, j’aime bien bosser dessus mais une fois fini c’est surtout le soulagement de pouvoir passer à une autre.

C’est aussi pour ça que je ne peins que pour jouer, au moins les gugusses ont une vie après la peinture. A l’heure actuelle je serais presque enclin à mettre à la benne mes figurines de concours pour faire de la place.

J’imagine qu’on n’atteint pas ce niveau sans un investissement total dans cet art, et il ne te sera bien évidemment pas possible de nous donner une recette magique, mais peux-tu nous guider un peu sur quelques axes ?

Il faut simplement arrêter de penser que des tutos ou des astuces vont vous faire progresser. C’est vrai quand on débute mais ça ne permet en aucun cas de devenir bon.

Figurine de sorcier du Chaos d’Execution Force, peinte par Rémy

Par exemple, peux-tu nous donner ton avis sur ces quelques techniques :

La palette humide

À moins d’habiter dans le désert, c’est inutile, voir un vrai massacre. On ne contrôle pas du tout la dilution, c’est souvent bien trop dilué. C’est bien pour prendre ses repères quand on débute.

Mais fuyez ce truc au plus vite. Je prend des palettes classiques et je refais mes mélanges, de la sorte on apprend aussi à être économe en mélange, les gammes de peinture actuelles sont assez variées pour s’en passer la majorité du temps, je fais rarement des mélanges de plus de 2 peintures. Ou alors pour reproduire à l’identique certaines teintes particulières, je prépare juste un peu plus de peinture.

L’utilisation de medium pour atténuer une teinte

Tout dépend du rendu que l’on souhaite, j’utilise uniquement le Lahmian Medium qui me permet de passer des lavis sur des zones entières en limitant les auréoles. Sinon il n’y a rien qu’une bonne dilution et le bon choix de pigment ne puisse obtenir.

La peinture dans le frais

Jamais utilisé. Je trouve ça hasardeux parce que je ne maîtrise pas. Je préfère estomper les contours d’une couche de peinture un peu plus épaisse que de passer par des trucs dans le frais. C’est juste une affaire de préférence.

Le soucis du détail : le meuble a été entièrement peint pour s’intégrer au plateau de jeu

Lorsqu’on peint à ton niveau, est-ce que le brossage a sec a encore – parfois – une utilité ?

Oui ça peut servir sur des décors, ou des socles, ou pour aller vite parce qu’on a la flemme. Après objectivement si on veut peindre des choses jolies et léchées on évitera.

Tu as probablement d’autres suggestions en tête pour aider les amateurs que nous sommes à améliorer le rendu de nos modèles ?

Prenez votre temps et donnez vous les moyens de vos ambitions, il n’y a que le travail qui amène à des résultats et une autocritique constante pour améliorer encore le tout.

Le reste n’est au mieux qu’une nouvelle piste ou un nouvel outil.

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Passionné de jeux de figurines depuis... trop longtemps ! Initié par HeroQuest, Space Crusade et les livres dont vous êtes le héros, je suis dans mon élément avec des pinceaux dans les mains, ou des dés ! Fondateur du blog ColorfulMinis et hôte de la chaîne YouTube DiceRoller TV. Le jeu qui me défini : Space Hulk.

3 commentaires sur Un entretien avec Rémy Tremblay sur la peinture de figurine

  1. whooo ! Super article , la bonne surprise du dimanche .Je trouve toutefois la remarque sur la palette humide un peu trop tranchée,l’argument du controle de la dilution ne me convainc guère. Sinon , quel talent et quel maitrise ,chapeau bas Monsieur Remy tremblay ,beau parcours !

  2. Merci pour cet article :) Toujours sympa à lire. Pour la palette humide il et vrai que sur de petites pièces, avec la multitude de teintes qu’on a aujourd’hui ( encore faut il pouvoir tout se payer ) ce n’est pas super utile. Sur de grosses pièces ok, ainsi que lorsqu’on se lance dans des troupes.

    Sinon, pour finir, si pour faire de la place, au lieu de jeter, il veut bien me donner quelques figs, ba… je suis preneur ;)

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